André Marcueil, le surmâle du roman éponyme de Jarry, a de quoi faire frissonner la lectrice de Elle maîtresse de sa jouissance, celle qui considère d'un oeil pragmatique et assumé la taille du membre viril : il compense son corps débile par un organe monstrueux (et tordu) conformé pour l'orgasme perpétuel!Non seulement c'est une bête, mais il est capable d'amour : convaincu avant le début de la course que "l'amour est un acte sans importance, puisqu'on peut le faire indéfiniment" (1), Marcueil le découvre pourtant dans les bras d'Ellen. Transporté par le "petit bout de femme", il coiffe d'abord au poteau une quintuplette de cyclistes et une locomotive lancée à toute allure - d'où l'observe amoureusement Ellen. Pas besoin pour cela des artifices du "perpetual motion food" du savant Nelson : le surmâle sécrète sa propre énergie spirituelle et sexuelle. Il n'a en effet le coeur ni à droite ni à gauche mais en dessous de la ceinture. La conformité du coeur et du sexe masculin a peut-être laissé Jarry rêveur.
Désireux de publier ses exploits comme tout homme anormalement constitué, il se fait alors le cobaye consentant de ses hôtes : trois savants aux cerveaux embrumés dissertant à bâtons raides sur le potentiel sexuel viril. Pour ce faire, il les reçoit dans un château bien évidemment rebâti sur les ruines de celui de Sodome et Gomhorre.
Mission impossible, mais pas pour le sûrmale : baiser non stop pendant 24 heures.
Laissant se dilater à l'infini (sans les combler) les orifices d'une pâture féminine destinée à servir l'expérience, Marcueil choisit d'aimer Ellen, et rien qu'elle, pendant le temps imparti de l'exercice.
Au terme de 85 assauts rythmés par un phonographe fou, Ellen, masquée, se pâmera mais survivra. On ne pourra pas en dire autant du Surmâle qui finira par s'emballer et s'empaler sur la grille de son château, "tordu avec le fer".
Il y a mille femmes en une. Le désir féminin vu par Jarry se ré-alimente sans fin à sa propre source, renaissant de ses propres orgasmes après l'épuisement de la machine amoureuse virile.
Après quoi, Ellen se maria et eut beaucoup d'enfants : "guérie, et mariée". Une femme moderne? (2)
1 Alfred Jarry, Oeuvres complètes, édition Pléiade, vol. 2, p. 187
2 Le sous-titre du récit est en effet "roman moderne"
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