12/09/2008

Une éruption qui se fige lentement

Après Basso ostinato, Caterina Sagna poursuit sa route à l'intersection du chant, de la danse et de la mélopée, et nous offre une pièce mi-lyrique mi-comique en ce moment au Théâtre de la Bastille.

Dans P.O.M.P.E.I. - Presque Oubliées Mais Peut-Être Immortelle, trois danseurs (Alessandro Bernardeschi, Antonio Montanile, Mauro Paccagnella) ayant littéralement fait éruption s'obstinent ensuite à venir nous danser et nous parler ("nouer la conversation") en nez de scène, tandis que côté toile - celle suspendue en fond de scène - trois personnages féminins filmés s'obstinent à nous parler de mort. Ecartelés entre romantisme et burlesque (comme dans une "transgedy"), les trois larres se titillent et s'escaladent, gigotent aux pieds des trois divinités. Bien que "danseur" ce soit "vraiment un métier de merde", ils se sortent très bien de la merde.

P.O.M.P.E.I : 6 lettres comme les 6 danseurs tentant de recomposer ces corps partis en poussières, le "corps sans organe" initial dont il est beaucoup question. Celui de Viviana (Viviane de Muyn) en fait, la super mamie volcanique, qui, dans une importante tirade proche du dénouement, se décrit en baudruche primordiale, en matrice dévorant toutes la "merde" du monde et la recrachant comme un volcan sur les trois danseurs ébahis.

Leur danse gesticulée s'attache du début à la fin à recomposer les contours à la suie des corps saisis par la mort et figés dans la vie par l'éruption du Vésuve.

Je regrette toutefois que ce travail sur l'immobilité, la coupure, le figement cette tentative de retour à l'origine "d'avant le mouvement" tant revendiqués dans la plaquette introductive, ne soient pas menés à bout. Il y en a des indices, bien sûr, cdes traces, certes, omme les coupures brutales de la musique, les corps qui se crispent subitement. Mais le mouvement reste incessant: même si le paradoxe n'en est pas un et que l'immobilité travaille la vie, décomposable à l'infini, l'intention reste enfouie.

De cette tentative de remonter aux origines, d'arrêter la vie tout en faisant danser, il reste une impression confuse, un trop-plein de vie finalement. Celle-ci finira quand même par s'épuiser dans l'enchevêtrement des trois danseurs : un magma de membres gigotant et s'annulant dans une immobilité presque retrouvée, dans la lumière qui s'éteint sous la cendre.

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