1/11/2009

Excès tragique

Qu'est-ce qu'un "corps furieux"? Jean-Michel Rabeux nous donne sa vision des choses, jubilatoire et cérébrale, à la MC93 de Bobigny : 1h40 de débats de membres, de grommelots, de clownerie et de bas corporel, entrecoupés de quelques phrases audibles.

Entre cartons dégueu, bâches en plastique, poubelles, huit acteurs, danseurs et circaciens sans-abri, enfermés à l'intérieur d'un cordon sanitaire, alternent phases d'ordre et de désordre, d'anomie et de retrouvailles, de disputes et de "chantons-en-choeur-sous-la-pluie". Ca procède par sketches qui peu à peu trouvent leur effet de structure. Ca commence tout nu et affalé en fond de scène, et ça finit tout raide en train de danser en nez de scène. Le spectacle ne progresse donc pas vers l'entropie : les corps se tendent, se rapprochent, se crispent, s'offrent de plus en plus à nous. Mi-hystériques, mi-provocateurs, ils finissent, lavés par la pluie, par nous tirer la langue tellement fort qu'on a peur pour eux qu'elle se détache!

Un spectacle sur l'intrication du corps et de la langue donc - où Racine en prend pour son grade. On n'échappe pas à l'obsession de Rabeux pour les mannequins et le démembrement. La convocation informée des figures historiques de la pantomime (Ariane Martinez a collaboré avec Rabeaux, cf illustration) donne à cette création un côté raffiné et décadent qui permet au foutoir de faire sens, et apparente le trash au nec-plus-ultra du raffinement (du rock dandy en somme) : un Pierrot fin de siècle, un travesti en robe pourpre empire, une contorsionniste prenant des poses de déesse antique, entre Schiele et les cariatides glorieuses du Trocadéro.

Une furor tragique anime ses corps tendus, vibrants, exultants mais hors d'eux même, dans la convulsion de l'excès et de la distance. Après on a envie de trépigner et de crier Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii! Haaaaaaaaaaaaaaa! Bêêêêêêê!!!!!!!!!!!!!, d'éclater d'un grand rire, et de mourir. Bataille serait-il aussi passé par là?

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