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1/01/2009

Reprenez en choeur...



S'il est bien admis que la musique adoucisse les mœurs, on ne savait pas qu'elle avait pour autre vertu... de les policer. C'est ce que la création du Voyage à Reims, opéra de Rossini de 1925 laisse entendre à qui veut bien tendre l'oreille. Comment se fait-il que l'on sorte légèrement inquiet de ce saupoudrage de gaité?



Ce Voyage est en effet une friandise savoureuse de fin d'année, un petit vent de folie à même de ragaillardir les estomacs les plus fatigués, de faire dodeliner les dames d’un certain âge, et de procurer aux enfants endimanchés leurs premiers émois lyriques. Les roucoulades des amants, les trilles du meneur de jeu (imitateur d'accents) Don Profundo, comme les odes improvisés de la poétesse Corinna ne laissent pas insensibles. C'est que notre compositeur mondain, paresseux et à la vie rocambolesque savait y faire!



Don Profondo donc, notre Mr Loyal est tenancier du Lys d'or, un hôtel sanatorium situé à Plombières - ville thermale que Napoléon III transformera en vitrine de la France face à l'ennemi prussien.The place to be pour un cortège bigarré d'Européens venus des quatre points cardinaux pour acclamer Charles X sur le point de se faire sacrer roi à Reims.



On savoure les clichés et la galerie de portraits emblématiques du goût de l'époque pour les classifications et la physiognonomie... Histoire de marquer le coup, la costumière a d'ailleurs finement affublé l’Allemand d’une petite moustache bien droite. Toute l’aristocratie en voie d’embourgeoisement se met pêlemêle dans cet hôtel du libre échange avant l'heure, et célèbre ces épousailles avec l'adorable, futile et agaçante Parisienne qui arrivera à se maquer avec le Lord qui a échoué là.



Le cortège finira par décider de « monter » à Paris pour s'amuser plutôt que de "descendre à Reims" -ce qui ne l'empêchera pas de reprendre en choeur l'hymne à Charles X improvisé par Corinna... Hymne enthousiaste mais aussi kitsch et décalé, faisant ressortir toute l'ambivalence de l'oeuvre... éloge du plaisir et de l’oubli du politique au profit de la fête, qui a de quoi laissé rêveur par les temps qui courent...



On peut s'interroger sur les tenants et aboutissants de ce type de programmation, sous couvert d'une mise en scène en apparence "neutre". Que vient-on applaudir en dehors de la "performance" des chanteurs - sur laquelle repose toute la composition de cet opéra qui enfile les morceaux de bravoures comme des perles...? Comme les autres, j'y suis allée de mon "bravo" après l'hymne de Corinna à Charles X! Le souverain le plus réactionnaire du XIXème siècle quand même, à la tête d’une monarchie d’apparence, répressive et délétère.



La mise en scène n'exprimait rien de l'ironie et du cynisme de l'oeuvre de Rossini, qui jette un regard amusé mais aussi acerbe et désabusé sur la Restauration, son aristocratie décrépie, ses bourgeoises triomphantes, la émergence des nationalismes...





Tableau: Charles X en costume de sacre.

À voir à l'Opéra de Massy le 9 novembre à 16h puis en tournée nationale : MONTPELLIER du 24/12 au 6/01/2009, CLERMONT-FERRAND le 10/01/2009, TOURS les 13 et 15/02/2009, METZ du 5 au 09/06/2009, NANCY du 4 au 10/10/2009, TOULON les 6 et 8/11/2009, NICE les 27 et 29/11/2009, SAINT-ETIENNE du 27 au 31/01/2010, TOULOUSE du 19 au 24/02/2010, MARSEILLE du 11 au 14/03/2010, BORDEAUX du 26 au 30/03/2010 et en Hongrie en 2010.

10/15/2008

Trop de Shakespeare tue Shakespeare (Le Conte d'hiver mis en scène par Jacques Osinski)

Il y a chez Jacques Osinski, nouveau directeur de la MC2 Grenoble, quelque chose de son ancien professeur Claude Régy, bien que certainement cette filiation forcée l'eût énervé : un art de l’épure, une attirance pour l’intime, la lenteur, la volonté de faire passer les choses avec simplicité et pudeur, sans ostentation, sans déclamation, sans tomber dans le théâtre… C’est probablement à cette peur de « faire du théâtre », comme dirait Py, que tient le semi-échec de son Conte d’hiver, repris en ce moment dans la grande salle de la MC2, et qui l’amène à une approche hésitante de l’œuvre de Shakespeare.


Mixture baroque, la pièce fait en son centrer basculer la tragédie (première partie de la pièce) dans la bouffonnerie (seconde partie), le tout orchestrée par le Temps, allégorie qui tient le rôle du grand marionnettiste. Comme le montre le célèbre défi de mise en scène de l’ours, la pièce de Shakespeare ne peut s’aborder sans jouer avec les excès du théâtre, sans jouer à faire du théâtre... Osinski, en voulant faire du Osinski, c’est-à-dire du théâtre mental et intellectuel, n'ose guère: il aplatit les choses sous le couvercle de plomb d’un plateau blanc, d’où sortent de temps en temps des éléments verticaux assez mal exploités par les acteurs, et donc un peu esthétisants.


Si la première partie (jusqu’au monologue, très beau, du Temps) retient l’attention par son élégance et sa retenue, la seconde partie, baroque et bouffonne est bel et bien ratée, ainsi que le dénouement : l’apparition d’Hermione en statue reprenant lentement, très lentement, extrêmement lentement, tellement lentement, vie…


On comprend qu’Osinski, intéressé par le traitement du temps, ait été attiré par cette pièce, mais il en a fait un objet lisse et maladroit, comme s’il ne maîtrisait pas son arythmie. Il reste que c’est un travail prometteur car révélateur d’un sain esprit de contradiction (il est aisé de faire « fonctionner » la pièce et ses effets prémédités), moins aisé d'en faire ressortir la simplicité et la pureté). Mon doute excède les ratages de la mise en scène et tient à la nécessité de monter cette pièce volatile, méditation habile sur le temps et la transmission, oui, mais où la « fabrique » du théâtre se fait , à mon sens, trop sentir pour nous interpeller en profondeur.


Car oui, monter un classique fait "voir" la mise en scène, et valorise le metteur en scène. Mais de grâce: montons autre chose que du Shakespeare, Jacques, et les autres!


Illustration: Caspar Friedrich, L'épave du désespoir, 1824

Trop de Shakespeare tue Shakespeare (Le Conte d'hiver mis en scène par Jacques Osinski)

Il y a chez Jacques Osinski, nouveau directeur de la MC2 Grenoble, quelque chose de son ancien professeur Claude Régy, bien que certainement cette filiation forcée l'eût énervé : un art de l’épure, une attirance pour l’intime, la lenteur, la volonté de faire passer les choses avec simplicité et pudeur, sans ostentation, sans déclamation, sans tomber dans le théâtre… C’est probablement à cette peur de « faire du théâtre », comme dirait Py, que tient le semi-échec de son Conte d’hiver, repris en ce moment dans la grande salle de la MC2, et qui l’amène à une approche hésitante de l’œuvre de Shakespeare.


Mixture baroque, la pièce fait en son centrer basculer la tragédie (première partie de la pièce) dans la bouffonnerie (seconde partie), le tout orchestrée par le Temps, allégorie qui tient le rôle du grand marionnettiste. Comme le montre le célèbre défi de mise en scène de l’ours, la pièce de Shakespeare ne peut s’aborder sans jouer avec les excès du théâtre, sans jouer à faire du théâtre... Osinski, en voulant faire du Osinski, c’est-à-dire du théâtre mental et intellectuel, n'ose guère: il aplatit les choses sous le couvercle de plomb d’un plateau blanc, d’où sortent de temps en temps des éléments verticaux assez mal exploités par les acteurs, et donc un peu esthétisants.


Si la première partie (jusqu’au monologue, très beau, du Temps) retient l’attention par son élégance et sa retenue, la seconde partie, baroque et bouffonne est bel et bien ratée, ainsi que le dénouement : l’apparition d’Hermione en statue reprenant lentement, très lentement, extrêmement lentement, tellement lentement, vie…


On comprend qu’Osinski, intéressé par le traitement du temps, ait été attiré par cette pièce, mais il en a fait un objet lisse et maladroit, comme s’il ne maîtrisait pas son arythmie. Il reste que c’est un travail prometteur car révélateur d’un sain esprit de contradiction (il est aisé de faire « fonctionner » la pièce et ses effets prémédités), moins aisé d'en faire ressortir la simplicité et la pureté). Mon doute excède les ratages de la mise en scène et tient à la nécessité de monter cette pièce volatile, méditation habile sur le temps et la transmission, oui, mais où la « fabrique » du théâtre se fait , à mon sens, trop sentir pour nous interpeller en profondeur.


Car oui, monter un classique fait "voir" la mise en scène, et valorise le metteur en scène. Mais de grâce: montons autre chose que du Shakespeare, Jacques, et les autres!


Illustration: Caspar Friedrich, L'épave du désespoir, 1824

10/10/2008

Jennyfer Lacey et Nadia Lauro : minauderies girly

Jennifer Lacey et Nadia Laura (scénographe des défilés de John Galliano) ont commis un "fashion faux-pas" avec Les Assistantes, jusqu'au 11 octobre au Centre Pompidou dans le cadre du Festival d'automne. Neuf danseuses revêtues de robettes en vichy trop chou, de bonnets trop mimi et de boots (la tenue hype de l'hiver) forment un petit choeur désaccordé qui minaude, tripatouille, enquenouille, ergotte, chipote, papote sur Nicolas Sarkozy et sur le sens de la vie.

Ca parle de solitude, d'impossibilité de communiquer. Apparemment ça parle aussi des femmes : les assistantes sont des sortes d'euménides d'aujourd'hui, prises dans un sirop gluant girly totalement postmoderne. Triste...

Au bout d'une heure, alors que tout semble déjà un peu trop lisible (la solitude, l'impossibilité de communiquer, le choeur antique revisité, la femme esclave de son image sociale), voilà ti pas qu'elles se mettent à lire une sorte de note d'intention hyper longue!!!! Il paraît que pour Hitchcock, un film est raté quand les informations passent trop par les dialogues. La lecture des assistantes consistait bel et bien à nous expliciter sur un ton primesautier quelle était la visée esthétique et sociologique du spectacle... Bref, "olala, ben merde alors, ya pas à chier", pour les citer. Et c'est à peu près tout.

Ici un Guy plus guilleret après le spectacle!

10/05/2008

"Hirohito aime le chocolat", oui mais encore...

En ce moment au Théâtre de la Ville, le deuxième volet du Triptyque du pouvoir mis en scène par Guy Cassiers nous offre une vision schématique de la Seconde Guerre mondiale, synthétisée de manière hâtive au travers de trois grandes figures de tyrans broyée par l'Histoire et tombés dans ses poubelles honteuses : Hitler, Lénine, Hirohito. Le spectacle organisé lui-même comme un triptyque (mise en abyme abyssale...) s'organise autour de la dernière journée fantasmée de ces monstres sacrés. Wolfkers est d'abord le nom flamand de la belladone, une plante toxique de la famille des Atropa (titre du dernier volet du triptyque), mais aussi, comme je le suppose, un néologisme construit à partir de "wolf" et "bunker": le repaire des loups... Les dialogues écrits entre autres par Cassiers sont une adaptation du film d'Alexandre Sokourov Soleil, sorti en 2006*.

La scénographie, sorte de rêverie sur l'infiniment grand et l'infiniment petit (pour changer) nous mène du microscope d'Hirohito (féru de l'observation des formes primitives de vie sous-marine) au particules élémentaires de l'histoire. Comme tout bon gros spectacle ambitieux, celui de Cassiers semble vouloir porter au jour le grand "tout" de l'Histoire, la solitude de ses antihéros pris dans leur aquarium mélancolique (confèrent les immenses screens suspendus et orientables sur lesquels sont projetées des images d'amibes). Il trahit surtout la mégalomanie du propos.

Bien que l'ensemble du spectacle baigne dans des images éculées et remâchées (Hitler était un artiste raté et un impuissant, Lénine a fini à moitié gâteux et abandonné de tous comme un chien, le pouvoir rend fou et mélancolique, l'humanité court à sa perte, blabla), j'ai eu quelques bons moments. Je les ai trouvés dans les échos qui relient ce second volet au premier et me font espérer un ouvrage d'ensemble de bonne tenue. Comme la scène entre le spéculateur Lopakhine et la propriétaire de la cerisaie Andreevna (Tchekhov, La Cerisaie). Scène de séduction liée au pouvoir dans Méfisto for ever, elle est ici traitée comme une métaphore de la politique de la terre brûlée. Le tableau final montre les faces éclairées à vif des trois bourreaux, se regardant de manière littéralement stupide en s'étranglant dans un dernier "je..." "je..." "je...", reprise en trois temps du dernier mot de Köpler dans le premier volet. La folie du pouvoir finit par annuler toute forme de parole et de raison.

Le dernier intérêt du spectacle tient, à mon sens, à la direction du jeu des acteurs, tout au moins aux questions qu'elle soulève. Le trait caractéristique de ce jeu est sa précision et son minimalisme, permis par la sonorisation très puissante de la voix des comédiens, qui peuvent ainsi murmurer et moduler à l'extrême leur intonation. Il en résulte un sentiment de bain sonore très doux, dans lequel on a parfois du mal a rattacher l'énoncé à son énonciateur bougeant à peine les lèvres. C'est donc l'action qui nous permet de faire ces raccords. Le jeu d'ensemble est donc subtil et froid, parvenant à une sorte de distanciation ultime renforcée par la froideur de la mise en scène high tech, la profondeur de champ, le rideau de tulle gris qui nous sépare de la scène, les déflagrations sonores de certains passages. En quelque sorte un théâtre à la fois intimiste et distancié à l'extrême...

Le travail de Cassiers exprime une fascination pour le vide qui déteint sur ses mises en scène : celles-ci pêchent par abstraction, peut-être la pire manière de représenter l'horreur de l'histoire, de manière abstraite et mélancolique, sans entrer dans l'intelligence de ses évènements. Un théâtre d'images, à l'esthétique mondialisée, où l'on assiste à une sorte de dessèchement du propos. Le contenu informatif souffre de pauvreté, hormis le volet Hirohito, plus attentif à montrer l'ambivalence du personnage, et qui revient sur l'abandon par l'empereur de son statut de "divinité humaine" et la fin de l'ère Showa. Mais tout reste effleuré; "suggéré" et "non prémaché" diront les spectateurs bien lunés; "bâclés" ou "schématiques" diront les plus énervés. Pour exemple de ce schématisme, la superposition grandiloquante sur un screen géant des masques des trois criminels de guerre, censée représenter le masque du pouvoir...? Je trouve cela un peu facile, et beaucoup trop dispendieux. "Hirohito aime le chocolat..." dit Hirohito à la fin... oui mais encore?

Enfin, j'ai beau aimer faire fonctionner mon cerveau et passer outre l'ennui et la lenteur de certains spectacles lorsque la moulinette cérébrale en vaut la peine, là je dit stop, marchandise frelatée, publicité mensongère. Car de la communication, il y en a eu et il y en a encore autour du Triptyque du pouvoir de Guy Cassiers: un triomphe, une révélation, le choc théâtral de la décennie, reblabla. Un peu surfait tout ça.

* Propos de Sokourov sur son film trouvés sur le site du Monde, qui éclairent bien (trop) le spectacle de Cassiers qui ressemble par moments à leur transposition littérale!

"Pour Hitler, le pouvoir absolu, que le peuple lui a volontairement offert, était aussi une drogue absolue. Lénine, du fait de sa maladie incurable, fut presque à même de prendre conscience de l'horreur de l'impasse historique dans laquelle il avait plongé le pays de ses propres mains. Mais, comme on dit, il était tard, trop tard."

"Dans Le Soleil, je montre un personnage (ndr Hirohito) dont le caractère est très différent des précédents - un homme plus européen qu'on pourrait s'y attendre. Plus que de politique, il était passionné d'ichtyologie (étude des poissons), il s'y consacrait alors même que les Américains avaient pénétré sur le territoire du Japon. C'est une personnalité très intéressante. Seul un homme comme lui, un homme avec une motivation différente, peut, dans la situation la plus critique, trouver une issue humaniste à la situation. Aucun politicien, ni avant ni après lui, n'a su trouver cette issue humaniste. Dans ce film, aucun homme n'est faible."

"Ni l'Europe ni la Russie n'ont su tirer des leçons des graves collisions historiques. Les Japonais, après avoir une fois reçu une leçon, se conduisent avec une grande intelligence. Nous montrons la vie de la famille impériale dans des circonstances dramatiques et présentons l'empereur non sous l'angle de sa fonction de personnage placé au sommet du pouvoir, mais comme un homme avec ses peurs et ses faiblesses. Hirohito a eu le courage de renoncer au passé et d'assurer à son pays un avenir historique digne. Ce petit homme malingre, avec sa voix fluette, ce savant qui pratiquait la botanique et l'hydrobiologie, était, physiquement et spirituellement, à l'opposé du tyran absolu. Et son palais, transformé en laboratoire scientifique, ne ressemblait en rien au bunker d'un dieu de la guerre sanguinaire. Et, pourtant, Hirohito a dû jouer ce rôle, porter ce masque, et le refus de ce masque est l'un des principaux sujets du Soleil. Quand l'armée américaine a occupé le pays, Hirohito avait à sa disposition une armée de plusieurs millions d'hommes. S'il avait donné l'ordre de se battre jusqu'au bout, les Américains, au prix de grands sacrifices, auraient été battus. Alors, l'honneur politique du pays aurait été sauf. Hirohito a choisi une autre voie : l'honneur politique ne signifie rien quand il s'agit de la vie des hommes. En même temps, Hirohito, après que le Japon est sorti de la guerre, aurait pu se suicider, comme l'ont fait d'autres militaires. Il ne l'a pas fait, il a pris toute la honte sur lui, avalé tous les remèdes amers."

Photo: les fruits vénéneux de la belladone.

9/22/2008

Un Dom Juan pouët pouët de gauche


Marqué par son passage dans le groupe T'chan'g de Didier-George Gabily, Yann-Joël Collin est un des survivants du théâtre de troupe et de groupe à l'ère de la massification qui s'impose de plus en plus dans nos usines à gaz théâtrales, où règne en maître le plus froid des monstres froids : le théâtre visuel et ses acteurs bardés de micros, aux effigies démultipliées par des captations vidéos de toutes sortes... Lui et la compagnie La Nuit surprise pour le jour ont monté en 2007 un Dom Juan que l'on peut voir en ce moment au Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, égayé par l'arrivée de son nouveau directeur, Christophe Rauck. Un spectacle du dimanche aux intentions louables.

On voudrait pouvoir défendre cet amusant divertissement rempli de bonnes intentions, qui fait rire les enfants et chanter les parents sur "On ira tous au paradis" de je-ne-sais-plus-qui, qu'entonne le grand seigneur méchant homme avant de mourir au dernier acte, au moment le plus ordalique. Las, comme le montre cet exemple parmi d'autres, le spectacle brille plus par son goût doûteux que par ses trouvailles ingénues. Après une première heure qui ne laisse pas porter de jugement définitif, et où l'on se sent encore somme toute porté par la jovialité qui réunit scène et salle (un peu énervé quand même du traitement approximatif du texte de Molière et des gros effets Bozo le clown), on s'irrite lorsque la troupe nous laisse en plan devant un écran pendant tout un acte, celui de la forêt et du mendiant, entièrement filmé sur le petit parvis du théâtre. Cette mise en scène du dedans-dehors, outre qu'elle n'est pas nouvelle , outre qu'elle va à l'encontre des convictions du théâtre de tréteau dont se réclame pourtant la bande de sympathiques drilles, n'exploite pas du tout le cadre "réel" de Saint-Denis et ennuie assez rapidement.

La deuxième partie après l'entracte, le souper de pierre, est une foirade dans le mauvais sens du terme : peut-être pour nous réveiller de notre demie-heure de cinéma, les comédiens n'en finissent pas de monter et descendre de scène, de s'agiter à grandes ruades, de hurler, de déplacer force micros et tréteaux pour au final, donc, chanter "On ira tous au Paradis". Ce dernier acte voit l'accumulation de toutes les facilités gratuites : "toc-toc" dans les micros avant de parler, comédiens qui picolent avec l'équipe technique venue remballer des décors. Quant à la mise en scène du monologue libertin de Dom Juan comme un discours d'Olivier Besancenot possédé par Malcom X, pourquoi pas... Certaines idées méritent d'être un peu plus martelées que de coutume par les temps qui courent...

Le passage le plus réussi est sans conteste la scène paysanne, car le sens du comique de la troupe s'y déploie à merveille, le tout porté par un acteur (celui qui incarne Pierrot,) que j'ai personnellement trouvé extraordinaire.

Tout le spectacle est conçu pour rompre la barrière entre la scène et la salle, mais au final c'est quand même Molière qui semble tombé dans la fosse à orchestre. Dommage car on aurait aimer avoir aimé. Mais après une heure de poilade rigolade, on se dit "c'est too much", "pas très fin", "encore!". Une heure, c'est déjà pas mal vu l'époque, me direz-vous à raison. Un spectacle un peu trop bien intentionné, parfois inspiré, et un peu trop cordial - comme ces gens qui se sentent obligés de vous embrasser trois fois au lieu d'une.

Photo: Dom Juan face à Sganarelle, acte V.

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